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Le secret de la performance en entreprise ?

01/12/2016

 

Interview avec Ryan M. Niemiec, psychologue, coach, leader international et directeur du VIA Institute on Character

 

Professeur Niemiec, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a amené à vous intéresser aux forces de caractère et à la psychologie positive ?

 

Lorsqu’elle a émergé dans les années 1990, la psychologie dite "positive", présentait une théorie intéressante avec des arguments forts, mais elle n’avait pas beaucoup à m’offrir à ses débuts. En tant que psychologue clinicien, je travaillais avec des patients qui souffraient à plusieurs niveaux et j’essayais du mieux que je pouvais d’adopter une approche holistique pour les aider au niveau émotionnel et mental, tout en intégrant l’aspect social, physique et spirituel de la personne. Au moment de la parution du livre sur les forces de caractère de Chris Peterson et Martin Seligman, j’ai immédiatement saisi que cet outil était à la fois révolutionnaire et très concret. C’était au début des années 2000 et cela m’a permis d’étendre mon approche holistique d’aide et d’accompagnement des patients. J‘ai immédiatement repéré les forces de caractère qui concernaient l’intellect (la curiosité, la créativité, le discernement), celles qui étaient du côté des relations interpersonnelles (l’amour, l’intelligence sociale), celles qui portaient sur la communauté (équité, esprit d’équipe), sur la spiritualité (l’espoir, la gratitude), sur l’instinct (le courage, la persévérance) et les forces correctives (l’humilité, le pardon, le contrôle de soi). Pour moi, ce modèle était vraiment holistique et une myriade de connections entre ces forces et les individus me sont apparues.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur les forces de caractère, d’où elles viennent et à quoi elles servent ?

 

Les 24 forces de caractère répertoriées sont des traits de caractère positifs que l’on trouve dans toutes les cultures, religions et dans tous les pays. C'est un langage universel positif et cela signifie que tout le monde peut développer ces forces, qu'elles sont valorisées et qu'elles ont aussi des facteurs d'activation et d'inhibition. Elles ont été étudiées lors de centaines d’études et sont reliées avec les grands objectifs que chaque humain poursuit : la santé, le bonheur, le sens, l’efficacité et les relations.

"Les 24 forces de caractère répertoriées sont des traits de caractère que l’on trouve dans toutes les cultures, religions et dans tous les pays. C'est un langage universel positif.​"

 

Les forces de caractère de chacun peuvent-elles évoluer au cours de la vie ?

 

Oui et non. Les forces de caractère font partie de notre personnalité. Celle-ci est considérée comme étant assez stable dans la durée. En revanche, la recherche montre que la personnalité peut aussi se modifier, et notamment lorsqu’une personne vit un changement important, un grand bouleversement de rôle (se marier, avoir des enfants, faire la guerre) ou un événement traumatisant (accident, maladie grave). Il est également possible de changer délibérément certains aspects de notre personnalité. En fait, ces forces de caractère sont présentes en chacun de nous, mais elles sont aussi malléables, elles peuvent se développer.

 

Vous êtes aussi expert en mindfulness (méditation de pleine conscience). Pourriez-vous nous expliquer comment la mindfulness et le modèle des forces de caractère peuvent être combinés ?

 

En général, j’évite le mot « expert », et surtout dans le contexte de la mindfulness. Je dirais simplement que j’ai beaucoup d’expérience en mindfulness en tant que formateur, pratiquant, concepteur de programmes et parce que j’en ai parlé avec des grands leaders, que j’ai fait de nombreuses recherches sur le sujet et que je m’attache à aider des personnes à en faire l’expérience d’une manière simple et accessible.

Il y a deux grands axes sur lesquels la mindfulness et les forces de caractère se rejoignent : Nous pouvons utiliser nos forces de caractère pour progresser dans notre pratique de la mindfulness (ce que j’appelle la « mindfulness forte »), ou bien nous pouvons amener une attention consciente à nos forces de caractère pour mieux les maîtriser, les comprendre et les exprimer dans différents contextes (ce que j’appelle « l’utilisation consciente des forces »).

Cette double interaction permet de mieux expliciter les liens entre ces deux pratiques. La mindfulness est l’auto-regulation de l’attention dans une attitude de curiosité, d’ouverture et d’acceptation (à l’origine de la mindfulness, il y a déjà des forces de caractère). On sait aussi que la pratique de la mindfulness renforce les forces de caractère (comme l’espoir, par exemple). Quand on réunit les deux, on met plus d’énergie dans notre pratique. Nos capacités s’élargissent ainsi que nos résultats possibles. C’est comme si on mettait plus de nous-mêmes dans la pratique.

 

Selon Gallup, seulement 13% des travailleurs sont engagés au travail. Que pensez-vous que les entreprises doivent faire pour réengager leurs employés ?

 

La recherche sur les forces de caractère dans le monde du travail est en fait l'une des découvertes les plus claires en psychologie positive au cours des dix dernières années. Les forces de caractère sont directement liées à la satisfaction au travail, au sens, à la performance, au sentiment d’appartenance, à une meilleure ambiance de travail, à des comportements productifs et positifs. Et, bien sûr, les forces du caractère sont au cœur de l'engagement sur le lieu de travail. Certains vont jusqu'à dire que lorsque vous êtes engagé dans le travail c’est parce que vous utilisez vos forces de caractère. Beaucoup de ces études utilisent l'expression « forces signatures » expliquant que la clé est d'aider les employés à identifier, explorer et utiliser leurs forces dites « signature » unique (leurs meilleures qualités).

Les managers et dirigeants doivent faire l’effort de mettre en place un certain nombre d’actions pour que chacun puisse exprimer ses forces de caractère au travail. Ils peuvent apprendre à repérer l’expression des forces de caractère chez leurs collaborateurs, commencer leurs réunions en mettant en avant une qualité, construire des équipes basées sur la complémentarité des forces de chacun, mettre l’accent sur la valorisation et la reconnaissance des forces signatures, faire des évaluations complètes qui incluent l’identification des forces de caractère, pour ne citer que quelques exemples.

 

Quelles sont, selon vous, les qualités des leaders de demain ?

 

Les clefs des leaders de demain pour moi résident dans le fait d’être à l'écoute des forces et des passions de leurs employés et d’aligner les tâches de travail en fonction de celles-ci. Ils seront flexibles dans leur approche avec les employés et ne chercheront pas à les faire correspondre à un modèle figé : certains employés peuvent avoir besoin de plus d'autonomie tandis que d'autres ont besoin d'une approche plus directive ou bien d’un soutien avec les membres de l'équipe. La pleine conscience et les forces de caractère sont les deux points principaux. Les leaders seront à la fois conscients des besoins, des forces et de l'orientation à un niveau micro (individuel) et au niveau macro (organisationnel) et utiliseront, en conséquence, leurs propres forces à tous les niveaux.

 

Ryan M. Niemiec est psychologue, coach et auteur. Il travaille sur la psychologie positive, les forces de caractère et la méditation de pleine conscience. Il est aussi Directeur éducatif au VIA Institute on Character, une organisation à but non-lucratif basée à Cincinnati dans l’Ohio.

Le VIA Institute on Character est considéré comme l’un des centres de psychologie positive les plus importants au monde.

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